
Mémoire de l’ancien monde
Avant le cataclysme
Depuis des temps si anciens que même les plus vieilles archives peinaient à en retracer l’origine, les royaumes s’étendaient sur un vaste continent aux paysages aussi variés que grandioses. Des montagnes aux sommets éternellement enneigés dominaient des plaines fertiles, des déserts immenses et des jungles luxuriantes, tandis que d’immenses forêts anciennes murmuraient des secrets oubliés.
Des cités majestueuses, bâties en pierre, en marbre ou en bois enchanté, témoignaient du génie et de l’ambition des peuples qui les habitaient. Ce monde n’avait jamais été figé : il vivait au rythme des conflits et des réconciliations.
Des guerres éclataient, parfois pour des ressources, parfois pour l’honneur, parfois simplement par orgueil. Des royaumes s’élevaient, conquérant leurs voisins avant de s’effondrer à leur tour. Pourtant, au milieu de ce chaos, naissaient aussi des alliances puissantes et des pactes capables d’ouvrir des âges de prospérité. Les arts fleurissaient, les savoirs se transmettaient et les peuples croyaient, naïvement peut-être, que leur monde était éternel.
Mais certains savaient. Dans les recoins les plus reculés des terres vivaient les oracles. Craints autant que respectés, ils avaient accès à des visions dépassant le temps présent. Pendant des générations, leurs paroles avaient guidé les rois et influencé le destin des nations. Puis leurs visions changèrent. Elles devinrent sombres.
D’abord fragmentées et incompréhensibles, elles finirent par converger vers une seule vérité : la fin approchait. Une fin brutale, inévitable, qui ne laisserait derrière elle que ruines et silence. Les oracles parlèrent d’une nuit, une seule, durant laquelle tout serait perdu. Certains souverains les ignorèrent, les accusant de semer la peur. D’autres renforcèrent leurs cités ou cherchèrent des réponses dans des rituels oubliés. Mais comment se préparer à la fin d’un monde ?
Puis la nuit arriva.





